L’auteur de l’emprise alterne souvent des moments de valorisation et des périodes de dévalorisation, créant une instabilité émotionnelle qui fragilise progressivement la confiance en soi de la victime. Petit à petit, celle-ci doute de ses perceptions, culpabilise, s’isole et devient de plus en plus dépendante de celui ou celle qui exerce ce contrôle.
“L’emprise peut exister dans un couple, mais aussi au sein d’une famille, d’une relation amicale, professionnelle ou dans certains groupes à fonctionnement sectaire. Contrairement aux idées reçues, elle ne touche pas uniquement des personnes considérées comme fragiles. Tout individu peut être concerné à un moment de vulnérabilité de sa vie”, souligne tout d’abord la psychologue Siyana Mincheva.
Pourquoi est-il si difficile de partir ?
Cette question est souvent posée par l’entourage : “Pourquoi reste-t-elle ?”, “Pourquoi ne voit-il pas ce qui se passe ?”. En réalité, la personne sous emprise ne perçoit pas toujours clairement la violence de la relation. Son jugement a été progressivement altéré par divers mécanismes psychologiques destructeurs :
La peur des conséquences d’une séparation ;
La culpabilité entretenue par l’auteur de l’emprise ;
L’espoir persistant que l’autre change ;
La perte de confiance dans ses propres capacités ;
L’isolement, qui réduit les points de comparaison avec d’autres relations.
Siyana Mincheva rappelle à ce sujet “qu’il est essentiel de comprendre qu’il ne s’agit pas d’un manque de volonté, mais d’un phénomène psychologique complexe”.
Comment agir et aider sans rompre le lien ?
Pour accompagner efficacement une victime, plusieurs piliers relationnels doivent être mis en place. Le plus précieux est souvent de faire simplement savoir à la personne que l’on reste disponible, en employant des phrases rassurantes et directes.
“Je suis là si tu as besoin de parler”, “Tu peux toujours compter sur moi” ou encore “Je ne suis pas là pour te juger”. Cette main tendue permet à la personne de savoir qu’une porte reste ouverte lorsqu’elle se sentira prête.
Il convient également d’écouter davantage que de chercher à convaincre. Plutôt que d’affirmer de manière frontale : “Tu es sous emprise”, il est souvent plus aidant de poser des questions ouvertes pour stimuler sa réflexion personnelle : “Comment te sens-tu dans cette relation ?”, “Est-ce que tu peux être toi-même avec cette personne ?” ou “Quand as-tu eu le sentiment d’être pleinement heureux(se) pour la dernière fois ?”.
De plus, il est primordial de respecter le rythme de la victime, qui est rarement linéaire. Siyana Mincheva insiste sur cette temporalité.
“Sortir d’une relation d’emprise est rarement un événement soudain. C’est souvent un processus fait d’avancées, de doutes, de retours en arrière et de nouvelles prises de conscience. L’entourage peut ressentir de l’impatience, mais vouloir accélérer le processus risque de fragiliser davantage la personne. Respecter son rythme ne signifie pas approuver la situation. Cela signifie reconnaître qu’elle seule pourra reprendre durablement le pouvoir sur ses choix.”